mardi

image 99-8 (bis)

La ville est triste
Un homme est couché sur des cartons de grandes boîtes défaites.
Au dessus de sa tête, une simple bâche de plastique bleue tendue entre trois piquets lui servant de toit.
Au-dessus du toit, le ciel, les étoiles.
L’homme est vêtu de divers vêtements, qui ne sont accordés ensemble ni par la couleur, ni par le style.
À ses pieds, sont disposés quatre grands sacs de toiles plastifiées contenant toute sa fortune. De simples habits sales, déchirés et quelques objets dépareillés.
Six tasses de plastique, deux bouteilles de verre contenant des liquides incertains, plusieurs paires de lunettes en plastiques sans verres, une poupée sans bras et divers ustensiles de cuisine n’ayant visiblement jamais servi.
Dans ses poches ; quelques piécettes.
Dans son ventre ; quelques miettes.
Dans sa tête ; quelques pensées discrètes.
La ville est triste. Oh, pas sur lui. Elle en a déjà tellement vu. Mais il pleut.
De petites gouttes froides et serrées. Fortes et incessantes. La ville se moque bien de ce misérable, alors elle essaye de laver ce déchet qui traîne dans ses rues.
Sous la toile de plastique bleue, une goutte longe une joue envahie de barbe. On pourrait croire, que finalement, un petit trou a fait son apparition pour laisser la pluie nettoyer la crasse de la ville.
Mais non, l’homme pleure doucement, tranquillement, sans embêter son monde.
Sans embêter la ville.

auteur: Benoit Geets