vendredi

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Y’a un policier aujourd’hui qui chie dans ses bottes. Son escadron patauge dans la même merde. Il a tabassé un détenu. Les autres l’ont retenu, pas trop. Paraît que ça glissait. L’ambiance était moite, le détenu vilain, le café fort. Enfin tu vois. Moi, je passais. Je poussais le chariot. La grosse marmite chaude. Le pain tout déquillé. Enfin tu vois. Le policier était là, comme un bout de pain mou lui aussi. Assis par terre, la matraque entre les jambes. J’ai eu envie de lui donner un bol de soupe. Ca me fait quelque chose moi, des types assis par terre. Le dernier – c’était dans le Nord - je l’ai décapité avec un sabre. Ils le savent, les gens d’ici. C’est pour ça que c’est pas moi qui coupe le pain. C’est un autre. Un étrangleur. Moi je pousse la soupe. Bon, je me suis écarté du policier. Il regardait droit devant lui, comme si le couloir avait été peuplé non de courant d’air mais d’une paille diabolique qui lui suçait les yeux. Un autre flic m’a jeté un regard lugubre. C’était étrange toute cette scène : les halètements du détenus tabassés, la lourde porte s’ouvrant trop lentement sur le médecin de garde, cette satanée odeur de soupe au poireau qui m’a toujours donné l’envie de vomir. Enfin tu vois.
auteur: Stephen Vincke