vendredi

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Chaque jour, je suis là, assis dans mon petit bureau.
Je gâche ma vie pour ce job sans intérêt.
Chaque jour, je vois cet homme passer devant ma fenêtre.
Il traverse la rue pour passer devant ma fenêtre, mais ensuite,
chaque jour, il traverse à nouveau et continue son chemin sur l'autre trottoir,
avant d'atteindre le bout de la rue.
Chaque jour je me demande pourquoi il prend la peine de passer devant ma fenêtre ?
Je ne vois de lui que ses jambes des pieds au genoux car,
chaque jour, il y a cette enseigne de la société qui obture la partie supérieure de ma fenêtre.
Et le bas de la fenêtre est teinté, donc,
chaque jour je sais qu'il ne peut pas me voir; pourtant, j'ai l'impression qu'il me regarde.
Je vois ses pieds alors qu'il marche, mais je vois aussi le reflet de sa tête et ses épaules car,chaque jour, il pleut, donc,
il y a toujours une flaque d'eau sur le trottoir.
Chaque jour, je ressens l'existence d'un lien entre cet homme et moi.
Comme s'il passait devant ma fenêtre pour une raison bien précise.
Chaque jour, ma collègue me dit qu'elle connaît cet homme,
mais je ne sais pas si je peux la croire.

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Hier, ma collègue m'a annoncé que cet homme était mort.
Elle s'est rendue à son enterrement ce week-end.
Hier, je lui ai demandé de quoi il était mort.
Elle m'a expliqué qu'il se battait depuis des années contre un cancer qui lui rongeait l'estomac.
Hier, je suis sorti sur le trottoir et me suis tenu à l'endroit où il passait chaque matin.
La vitre teintée me renvoyait mon reflet, mais je ne pouvais pas voir mon estomac .


auteur : Lance Aram Rothstein (traduction Cindya Izzarelli)